MONTRÉAL, le 17 sept. 2014 /CNW Telbec/ – Aujourd’hui, le Commissaire à la santé et au bien-être publie son analyse de l’évolution de l’utilisation des urgences au Québec, au cours des dix dernières années, intitulée Les urgences au Québec : évolution de 2003-2004 à 2012-2013 <http://www.csbe.gouv.qc.ca/publications/type/avis-et-autres-rapports.html> . « La situation des personnes âgées qui séjournent sur civière à l’urgence des heures durant, parfois même plusieurs jours, heurte et préoccupe. Il y a dix ans, une civière sur cinq était occupée par une personne de 75 ans et plus; aujourd’hui, c’est une civière sur quatre et, dans dix ans, ce sera une civière sur trois. L’ensemble de la société québécoise, en particulier les acteurs du système, devrait se sentir interpellé par cet enjeu majeur et en faire une priorité », déclare Robert Salois, commissaire à la santé et au bien-être.

Dans les dix dernières années, la population du Québec a augmenté de 8 %, alors que le nombre de visites à l’urgence est resté stable. Le système a donc gagné en efficience, en réussissant à faire baisser le taux de visites à l’urgence. Ce gain d’efficience représente une diminution de 8 à 10 % des visites1. Toutefois, ces améliorations sont concentrées principalement chez les enfants et les adultes de 18 à 64 ans. Chez les personnes plus âgées, il n’y en a pas eu. De plus, comme le nombre de personnes de 65 ans et plus dans la population a fortement augmenté, le nombre de visites à l’urgence chez ces personnes est lui aussi en forte hausse. Aujourd’hui, les personnes de 65 ans et plus représentent 40 % des visites sur civière à l’urgence.

La situation des urgences est un baromètre important du système de santé et de services sociaux. « Nous avons constaté que les soins et services d’urgence ont du mal à suivre le rythme des transitions démographiques qui ont cours et à s’adapter aux besoins que ces changements génèrent », poursuit le commissaire. Une partie des problèmes d’engorgement est causée par le manque de prise en charge des patients en amont et en aval de l’hôpital.

Grâce à l’analyse de ce qui s’est passé durant les dix dernières années, il est possible d’entrevoir ce qui pourrait arriver dans un proche avenir et ainsi de mieux s’y préparer. Des réorganisations sont requises afin que les personnes aient d’autres choix que celui de se présenter aux urgences. C’est pourquoi le Commissaire réitère les leviers d’action qu’il a suggérés antérieurement. Le rapport sur les urgences ainsi que les rapports d’appréciation de la performance du système de santé et de services sociaux, notamment sur la première ligne de soins et sur les maladies chroniques, sont disponibles sur le site Internet du Commissaire au www.csbe.gouv.qc.ca <http://www.csbe.gouv.qc.ca/> .

Contexte récent

En 2012-2013, avec une population de 8,1 millions de personnes, c’est près de 3,4 millions de visites qui ont été effectuées dans les urgences du Québec. De ce nombre, environ le tiers, soit 1,09 million, correspond aux visites sur civière, alors que les deux tiers (2,34 millions) comptent pour des visites ambulatoires. Un peu plus de 60 % des visites à l’urgence, soit les cas des niveaux de priorité 4 et 5, reflètent des cas qui, souvent, pourraient être traités ailleurs. Parmi les causes de ces visites, on remarque le manque d’accès aux médecins de première ligne et aux plateaux techniques à l’extérieur de l’hôpital.

Dans les dix dernières années, le nombre de visites à l’urgence chez les personnes de 75 ans et plus a augmenté de 30 % (environ 100 000 visites de plus). Ainsi, même si le nombre total de visites à l’urgence est resté relativement stable, les patients qui s’y présentent sont beaucoup plus âgés.

Par ailleurs, il existe d’importantes disparités régionales dans les temps d’attente à l’urgence. Selon la région, la durée du séjour moyen pour les visites ambulatoires passe du simple à plus du double. Ce même genre d’écart se trouve dans les visites sur civière. C’est souvent dans les régions qui ont connu une forte croissance démographique que les séjours moyens à l’urgence sont les plus longs.

Malgré les avancées réalisées pour la population de moins de 65 ans, force est de constater qu’il faudra accélérer les efforts pour répondre au défi démographique des dix prochaines années.

Recommandations du Commissaire

Dans ses précédents rapports, le Commissaire a fait plusieurs recommandations, dont certaines, si elles étaient appliquées, auraient des impacts positifs sur le désengorgement des urgences. On pense, en particulier, au renforcement et à la réorganisation de la première ligne par l’exploration de nouvelles modalités de prestation des soins (en implantant, par exemple, l’accès avancé dans les cliniques2, tout en augmentant leurs heures d’ouverture le soir et la fin de semaine); à l’accroissement de l’interdisciplinarité, grâce à la prise en charge et au suivi des patients ayant des maladies chroniques par les infirmières et les professionnels de la santé non-médecins; à la révision des responsabilités cliniques des médecins en améliorant la complémentarité entre le travail du médecin spécialiste et celui du médecin de famille; à la révision du mode de rémunération des médecins pour qu’il soit adapté aux besoins des patients et basé sur les résultats (travaux en cours); à l’implantation d’une approche adaptée aux personnes âgées en milieu hospitalier et à l’urgence (travaux en cours).

Le bon fonctionnement des urgences au Québec est également tributaire d’autres facteurs que celui de l’accès à la première ligne : l’organisation des urgences elles-mêmes, l’accès aux plateaux techniques et aux spécialistes, la disponibilité des lits d’hospitalisation et des lits de longue durée, la prise en charge et le suivi adéquat des personnes atteintes de maladies chroniques, la disponibilité des services de soutien à domicile, etc. Dans son rapport d’appréciation sur le vieillissement de la population, qu’il publiera en 2015, le Commissaire proposera plusieurs pistes d’action pour améliorer l’expérience de soins des personnes âgées lors de leurs visites aux urgences.

Mission du Commissaire à la santé et au bien-être Rappelons que la mission du Commissaire à la santé et au bien-être est d’apporter un éclairage pertinent au débat public et à la prise de décision gouvernementale, dans le but de contribuer à l’amélioration de l’état de santé et de bien-être des Québécoises et Québécois. Pour ce faire, le Commissaire apprécie les résultats atteints par le système de santé et de services sociaux en s’intéressant aux différents facteurs qui influencent la santé et le bien-être, tout en intégrant les questions éthiques à son analyse. Il recommande au ministre des changements qui visent, entre autres, à accroître la performance du système.